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Le stock, une question de rythme / Épisode 6

La sécurité par le surstockage : capital immobilisé, péremption, problèmes masqués

Sixième épisode de la série « Le stock, une question de rythme« .

 

L’épisode précédent a montré qu’une rupture coûte bien plus qu’une vente perdue. La réponse qui vient spontanément est de relever le stock de sécurité. Or, un stock de sécurité trop élevé a sa propre facture, moins visible, souvent plus élevée et qui s’étale sur toute l’année.

Ce que coûte un stock qui dort

Le premier poste c’est le capital immobilisé. Chaque unité en stock se paie et cette dépense n’est plus disponible pour autre chose.
Le coût de possession regroupe notamment ce capital, le stockage, la manutention, l’assurance et se situe entre 10 et 20 % de la valeur du stock par an selon le secteur d’activité.

Le deuxième poste comprend les coûts liés à la nature du produit. En pharmacie, un stock qui dort finit par approcher sa date de péremption. Ailleurs, c’est l’obsolescence : une référence remplacée, une version dépassée, un produit déclassé.

Dans tous les cas, ce qui n’est pas consommé à temps perd de la valeur, parfois jusqu’à la mise au rebut. À cela il faut ajouter que l’espace immobilisé par un stock qui ne tourne pas réduit la surface disponible pour les références qui en ont besoin.

Ces coûts ne figurent sous aucun libellé unique. Ils se répartissent entre la finance, l’entrepôt et la qualité.

Enfin, le poste le moins visible, le coût non financier. Un stock de sécurité élevé absorbe les écarts : un délai fournisseur sous-évalué, une commande déclenchée trop tard, un besoin mal transmis. Le stock compense, la rupture n’a pas lieu, et personne n’a de raison de chercher d’où venait l’écart.

C’est ce que démontrait l’épisode 1. Mal pensé, le stock de sécurité ne couvre pas un risque industriel réel, il compense une donnée qui n’est plus à jour ou un processus qui repose sur la mémoire d’une personne. Il devient une prime d’assurance payée contre ses propres erreurs.

Cas concret

Reprenons la référence AZ de l’épisode précédent, celle qu’un pic de commande avait mise en rupture. La rupture a coûté du transport express, un changement de série non prévu et une livraison scindée. Pour compenser, et pour ne plus revivre cette situation, son stock de sécurité a été relevé.

Le pic ne s’est pas reproduit. La référence a retrouvé son comportement erratique habituel, et le stock de sécurité est resté au niveau décidé après la rupture. Personne ne le remet en cause pour une simple raison : une rupture se voit tout de suite, un excédent de stock ne fait de bruit nulle part. Celui qui proposerait de le baisser prendrait la responsabilité d’une rupture éventuelle, alors que celui qui le maintient n’engage rien.

Un an plus tard, ce niveau n’est plus relié à aucune décision documentée. Il immobilise du capital chaque année, il occupe de la place, et il n’a jamais été comparé au risque qu’il couvre.

Point clé : un stock de sécurité se juge au risque qu'il couvre, pas à son niveau absolu. Exprimé en jours de consommation sur le délai fournisseur, il se compare à son coût de possession et au coût complet d'une rupture. Au-delà du risque réel, il ne protège plus, il masque.

Ordre de grandeur

Pour mesurer rapidement ce que couvre un stock de sécurité, on l’exprime en jours de consommation. Son niveau se calcule comme un pourcentage de la consommation pendant le délai fournisseur : à 100 %, le stock absorbe un arrêt total du fournisseur pendant tout le délai, à 50 %, la moitié de ce délai.
Prenons une référence à 100 unités par jour, achetée 14 €, avec un délai fournisseur de 40 jours.

Ce que couvre un stock de sécurité, et ce qu'il coûte

Hypothèses : référence à 100 unités par jour, coût d'achat 14 €, délai fournisseur 40 jours (consommation sur le délai : 4 000 unités), coût de possession 10 à 20 % par an.

Niveau du stock de sécurité 25 % 50 % 100 %
Quantité1 000 unités2 000 unités4 000 unités
Couverture10 jours20 jours40 jours
Valeur immobilisée14 000 €28 000 €56 000 €
Coût de possession par an1 400 à 2 800 €2 800 à 5 600 €5 600 à 11 200 €
Dont un jour de couverture140 à 280 €140 à 280 €140 à 280 €

Chiffrage illustratif construit sur des hypothèses posées pour la démonstration, pas sur une donnée client vérifiée. À 100 %, le stock absorbe un arrêt total du fournisseur pendant toute la durée du délai.

Ce que ça change concrètement

Relever ou baisser un stock de sécurité à partir de la dernière rupture, ou de la seule classification ABC-XYZ, limite l’analyse. Un stock de sécurité doit couvrir un risque. Il se mesure à l’échelle de l’entreprise et répond à une stratégie globale de gestion des stocks.

Une partie des critères est commune à toutes les entreprises, comme la classification ABC-XYZ vue à l’épisode 4.

Les autres dépendent du contexte : le secteur d’activité, l’implantation géographique, la répartition des sources d’approvisionnement, l’expérience des équipes, la capacité de l’organisation à absorber un changement. Deux entreprises qui ont les mêmes références et les mêmes volumes n’ont pas le même risque à couvrir. La notion de critères de calibrage est détaillée dans l’article sur le stock de sécurité.

La question devient alors : quel risque industriel mon niveau de stock me permet-il d’absorber, et à quel prix ?

Le niveau exprimé en jours répond à la première partie, le coût de possession à la seconde. Le coût complet d’une rupture, vu à l’épisode 5, sert de repère pour juger si l’écart se justifie.

Cette lecture permet d’identifier la part du stock de sécurité qui peut se résoudre autrement. Des données à remettre à jour, un processus à fiabiliser, une revue de réapprovisionnement trop espacée. Les traiter à la source peut permettre de réduire le stock sans augmenter l’exposition. La part restante est le risque que l’entreprise accepte réellement de porter. Elle devient une décision actionnable, maîtrisée.

Conclusion

Le niveau d’un stock de sécurité se juge par rapport au risque qu’il couvre. Trop haut, il paie un risque qui n’existe plus ou qui se traite autrement. Trop bas, il laisse l’entreprise absorber seule le coût d’une rupture.

Prochain épisode : la stratégie de stock, réponse à la stratégie commerciale.

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